Réunion du groupe biblique.

Chers amis,

Veuillez trouver ci-dessous le chapitre entier consacré aux récits de guérisons (3 séances). Je vous avais envoyé les deux premières séances et dans le document joint vous avez le chapitre entier.

Pour la prochaine fois, mardi 6 février, la semaine prochaine, nous aborderons les récits de retour à la vie et nous lirons Marc 5,21-43 et Luc 7,11-17.

A la semaine prochaine.

Bonne lecture et bonne méditation

Fr Didier

4 LES RÉCITS DE GUÉRISONS

 

INTRODUCTION

Malgré leur caractère complexe et même parfois bizarre, les récits d’exorcisme ont au moins l’avantage de constituer un ensemble unifié. En passant aux récits dans lesquels Jésus guérit divers genres de maladies ou infirmités corporelles, nous nous trouvons face à un large éventail de pathologies qui ne se laissent pas si facilement que cela classer en catégories bien précises.

On peut cependant les ranger en quatre catégories principales.

  1. On trouve trois récits de guérisons de gens qui sont handicapés parce qu’une partie de leur corps est paralysée, atrophiée ou desséchée :

Le paralytique de Capharnaüm Mt 9,1-8          Mc 2,1-12       Lc 5,17-26

La paralytique de Jérusalem                                                                                       Jn 5,1-18

L’homme à la main desséchée  Mt 12,9-14      Mc 3,1-6         Lc 6,6-11

On a de plus une allusion globale aux boiteux dans un logion de Jésus :

4Jésus leur répondit : Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : 5les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. (Mt 11,4-5 // Lc 7,12)

  1. Quatre récits différents touchant à la cécité :

Capharnaüm                                        Mt 9,27-31

Bethsaïde                                                                    Mc 8,22-26

Jéricho                                                Mt 20,29-34    Mc 10,46-52   Lc 18,35-43

Jérusalem                                                                                                                   Jn 9,1-41

On a également une allusion globale aux aveugles dans le logion déjà cité de Mt 11,5.

  1. Deux récits de guérison de la lèpre :

Un lépreux                                          Mt 8,1-9          Mc 1,40-45     Lc 5,12-16

Dix lépreux                                                                                         Lc 17,11-19

On a de nouveau une allusion globale aux lépreux dans le logion déjà cité de Mt 11,5.

  1. Une catégorie fourre-tout pour les différentes affections physiques qui apparaissent une seule fois au nombre de six :

Hydropique                                                                                        Lc 14,1-6

Hémorroïsse                                        Mt 9,20-22      Mc 5,25-34     Lc 8,43-48

Femme courbée                                                                                 Lc 13,10-17

Belle-mère de Pierre                            Mt 8,14-15      Mc 1,29-31     Lc 4,38-39

Sourd-muet                                                                 Mc 7,31-37

Fils du centurion                                  Mt 8,5-13                               Lc 7,1-10        Jn 4,46-54

On peut déjà relever une large attestation multiple de sources et de formes pour la part du ministère de Jésus consacré à guérir des malades et des infirmes. Les récits se trouvent dans toutes les sources évangéliques : tradition marcienne, source Q, traditions mathéenne et lucanienne, Jean.

Ensuite, on trouve donc 15 récits différents de guérisons. On ne peut certes pas affirmer le noyau historique de tous ces récits, mais on peut, par contre, affirmer que les sources chrétiennes de première et seconde génération font nettement référence à Jésus comme guérisseur de maladies corporelles.

Enfin, il est évident que la plupart de ces récits de guérison ont un caractère théologique prononcé. Déjà, les prophètes de l’Ancien Testament, pour annoncer les temps messianiques, évoquaient poétiquement que les aveugles recouvreraient la vue, les sourds l’ouïe et que les boiteux bondiraient :

4Dites à ceux qui s’affolent : Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la rétribution de Dieu. Il vient lui-même vous sauver. 5Alors, les yeux des aveugles verront et les oreilles des sourds s’ouvriront. 6Alors, le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. (Is 35,4-5)

Il faut dès lors s’attendre à ce que certains récits de guérison aient trouvé leur forme, leurs détails, sinon leur origine, dans les écrits de l’Ancien Testament : il s’agit en effet de montrer que Jésus est bien le Messie annoncé par les Prophètes.

Ainsi, la guérison d’un aveugle sera l’occasion d’une catéchèse sur la foi dont les yeux permettent de reconnaître le Ressuscité. La guérison d’une surdité est un appel à être attentif à l’annonce de la Parole. La purification d’un lépreux accentue le pouvoir purificateur du Christ. Ce sens théologique des maladies devra toujours être présent dans l’exégèse des récits de guérison.

1 LES GUÉRISONS DE PARALYSÉS OU D’ESTROPIÉS : LE PARALYTIQUE DE CAPHARNAÜM

11 Le récit de Marc 2,1-12

Nous avons là un passage classique des Évangiles. Cet épisode est mis en relief par sa position géographique au début de l’Évangile. Il a toujours frappé par son aspect spectaculaire. Ce n’est pas un événement banal que de voir des gens ouvrir un toit pour donner accès au Seigneur. Ce trait nous fait participer à la profondeur de la démarche de ceux qui portent le paralytique. C’est un récit vivant, haut en couleurs, surtout dans la version marcienne.

On peut dire que c’est l’exemple type du récit de miracle dans la littérature évangélique. En même temps, en le lisant attentivement, on s’aperçoit qu’il contient des éléments qui ne relèvent pas du récit de miracle mais d’un autre genre littéraire fréquent dans les synoptiques : les récits de controverses.

Ce récit est aussi instructif pour découvrir l’originalité de chaque évangéliste et leurs préoccupations doctrinales. La tradition des récits de miracles a été reprise par les 3 évangélistes, mais chacun a monnayé le récit dans une perspective propre et en fonction de ses préoccupations doctrinales.

111 Le contexte littéraire

Le chapitre 2 est le prolongement de la dernière partie du chapitre 1 qui décrit le ministère de Jésus à Capharnaüm :

– Préparation au ministère public de Jésus :

Prédication JB                                     1,1-8

Baptême de Jésus                                1,9-11

Tentation de Jésus                               1,12-13

– Début du ministère de Jésus :

Annonce de la Bonne Nouvelle            1,14-15

Appel des premiers disciples                1,16-20

– La première journée à Capharnaüm :

Enseignement de Jésus             1,21-22

Guérison d’un possédé            1,22-28

Guérison belle-mère                             1,29-31

Sommaire sur l’activité de Jésus           1,32-34

– Sortie de Capharnaüm et prédication en Galilée : 1,35-39

– Guérison d’un lépreux : 1,40-45

Dans tout ce premier chapitre, le récit de Marc se déroule sans qu’une opposition se manifeste du côté des hommes (seul le démon s’en prend à Jésus).

A partir de 2,1, commence une nouvelle partie. L’Évangéliste nous présente jusqu’en 3,6 une série de cinq attaques d’adversaires humains auxquels Jésus répond par des paroles et des actes où brillent sa maîtrise et son pouvoir. On peut mettre en évidence une organisation concentrique de ces cinq péricopes qui se présentent comme des controverses :

 

 

 

A

Guérison d’un paralytique

Mc 2,1-12

A’

Guérison de l’homme à la main desséchée

Mc 3,1-6

B

Vocation de Lévi

et repas avec les pêcheurs

Mc 2,13-17

B’

Les épis arrachés le jour du sabbat

Mc 2,23-28

C

Débat sur le jeûne

Mc 2,18-22

 

On peut relever que les péricopes A et A’ qui encadrent le tout sont des récits de guérisons qui commencent chacune par la mention de l’entrée de Jésus d’une part à Capharnaüm et d’autre part dans une synagogue. On y retrouve également la mention des cœurs endurcis des adversaires :

8Connaissant aussitôt en son esprit qu’ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous ces raisonnements en vos cœurs ?  (Mc 2,8)

5Promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leur cœur… (Mc 3,5)

Les deux s’achèvent sur la réaction des assistants, positive en 2,12 :

12… Tous étaient bouleversés et rendaient gloire à Dieu en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil ! » (Mc 2,12)

Et négative en 3,6 :

6Une fois sortis, les Pharisiens tinrent aussitôt conseil avec les Hérodiens contre Jésus sur les moyens de le faire périr. (Mc 3,6)

Les péricopes A – B et B’ – A’ forment deux unités liées entre elles.

A et B par les mots crochets « péché » et « pêcheur » :

A :

5Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » 

7… Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? 

9Qu’y a-t-il de plus facile, de dire au paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien de dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? 

10… Le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… (2,5.7.9.10)

B :

15… Beaucoup de collecteurs d’impôts et de pécheurs avaient pris place avec Jésus et ses disciples… 

16Et des scribes pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les collecteurs d’impôts…

17… Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs.  (2,15.16.17)

A’ et B’ par le mot « sabbat » :

A’ :

23Or Jésus, un jour de sabbat, passait à travers des champs de… 

24Les Pharisiens lui disaient : « Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat !  

27Et il leur disait : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, 

28de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat. » (2,23.24.27.28)

B’ :

2Ils observaient Jésus pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat 

4… Ce qui est permis le jour du sabbat, est-ce de faire le bien ou de faire le mal ?  (3,2.4)

A et B vont insister sur le pardon accordé par Jésus aux pêcheurs et A’ et B’ sur sa liberté par rapport au sabbat.

Au centre, la péricope sur le jeûne sert de pont entre les deux ensembles. Jésus y tient un petit discours imagé et y annonce déjà la décision que prendront les Hérodiens et les Pharisiens en 3,6 :

20Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé. (Mc 2,20)

Toute cette partie (2,1-3,6) constitue comme un petit évangile dans le grand récit. On y trouve l’aspect victorieux de la nouveauté éclatante qu’apporte Jésus en pardonnant et en guérissant, mais aussi la perspective tragique vers laquelle il s’oriente immanquablement (2,20 et 3,6).[1]

112 Structure de la péricope

Nous avons là une péricope bien construite. Elle est traversée par un profond mouvement, qui n’est pas tant celui des porteurs que celui des idées qui avancent au fur et à mesure que progresse le récit.

Nous pouvons mettre en évidence 4 parties.

1ère partie : la situation générale (2,1-2)

Les deux premiers versets servent d’introduction qui décrit la situation où la scène va se dérouler. Cette introduction peut elle-même se partager en 3 temps marqués par les verbes finis et leur sujet :

1er temps (v. 1) : la situation géographique de Jésus

1Et entré de nouveau dans Capharnaüm après des jours

il fut entendu que dans la maison, il est.

2ème temps (v. 2ab) : la présentation de la foule

2et ils s’assemblèrent nombreux

en sorte ne plus avoir de place ni même celle vers la porte,

3ème temps (v. 2c) : la présentation de Jésus

et il leur parlait la parole.

2ème partie : l’événement (2,3-5)

Nous retrouvons 4 temps mis en évidence par 4 verbes finis (mode personnel) marquant 4 propositions principales ou indépendantes.

Trois verbes ont comme sujet les gens. Le dernier a comme sujet Jésus.

Dans chaque temps, les verbes finis sont explicités par un participe.

Les deux temps du milieu sont bâtis sur le mode du parallélisme.

1er temps (v. 3) : arrivée du paralytique porté par quatre hommes

3Et ils viennent

portant vers lui un paralytique porté par quatre (hommes)

2ème temps (v. 4ab) : l’ouverture du toit par les quatre hommes

4Et ne pouvant l’apporter à travers la foule,

ils découvrirent le toit où il était.

3ème temps (v. 4cd) : la descente du toit du paralytique auprès de Jésus

Et ayant troué,

ils laissent descendre le grabbat où le paralytique était couché.

4ème temps (v. 5) : la parole de Jésus

5Et voyant leur foi,

Jésus dit au paralytique :

              Enfant, sont pardonnés tes péchés.

3ème partie : le dialogue avec les scribes (2,6-11)

L’objet du dialogue est le pouvoir ou non de remettre les péchés.

C’est une controverse.

Elle comporte deux temps : les versets 6-7 et les versets 8-11. Le 1er est introduite par un “or” (de) adversatif. Le second est lui introduite par “aussitôt” (euquç) qui exprime un nouveau départ.

– Chaque temps est bâtie sur le même schéma : un élément narratif introduisant une parole. C’est sur cette parole que porte chaque fois l’accent.

– Chaque temps a une unité de sujet : la parole des scribes en 6-7 et celle de Jésus en 8-11.

1er temps (vv. 6-7) : les murmures des scribes

> Élément narratif (v. 6)

6Or certains des scribes étaient là

assis et tenant des réflexions dans leurs cœurs :

> La parole des scribes (v. 7)

              7Pourquoi celui-ci ainsi parle ?

              Il blasphème.

              Qui peut pardonner des péchés sinon sel Dieu ?

2ème temps (vv. 8-11) : la parole de Jésus

> Élément narratif (2,8a) :

8Et aussitôt Jésus connaissant par son esprit

qu’ainsi ils tiennent des réflexions en eux-mêmes, il leur dit :

> La parole de Jésus (2,8b-11) :

              Pourquoi cela tenez-vous des réflexions dans vos cœurs ?

              9Quoi est plus facile,

              dire au paralytique : tes péchés sont pardonnés

              ou dire : lève-toi et enlève ton grabat et marche ?

              10Or afin que vous sachiez que le fils de l’homme a autorité

              de pardonner des péchés sur le terre –

              il dit au paralytique :

                       11A toi je dis, lève-toi enlève ton grabat

                       et va dans ta maison.

4ème partie : Guérison et réaction de la foule (2,12)

Cette dernière partie comprend deux temps :

1er temps (v. 12ab) : la guérison du paralytique

 12Et il se dressa

et aussitôt enlevant le grabat il sortit devant tous

2ème temps (v. 12cd) : réaction de la foule

en sorte que tous étaient bouleversés

et rendaient gloire à Dieu, disant qu’ainsi jamais nous ne vimes.

Il y a une correspondance étroite entre la 2ème et la 4ème partie par-dessus la 3ème c’est à dire entre les deux parties qui parlent essentiellement du paralytique.

Dans la 4ème partie, c’est le paralytique qui est sujet des verbes finis car il est aussi devenu sujet dans sa réalité profonde. Au début, il était porté ; maintenant, c’est lui qui porte.

Le contraste est marqué par les verbes de mouvement : le paralytique vient vers Jésus en tant qu’objet porté par d’autres. Il repart en tant que sujet.

Il y a aussi un lien entre la 1ère et la 4ème partie :

Et ils s’assemblèrent nombreux au point de ne plus avoir de place. (2,2b)

Il sortit devant tous au point que tous étaient bouleversés. (2,12c)

113 Commentaire exégétique

1ère partie : la situation générale (2,1-2)

1er temps (v. 1) : la situation géographique de Jésus

1Et entré de nouveau dans Capharnaüm après des jours

il fut entendu que dans la maison, il est.

Le sujet de la proposition principale est impersonnel, 3ème personne du singulier de l’aoriste à la voix passive : « il fut entendu ». Ce verset a une portée générale. La situation géographique est précisée de deux façons :

– D’abord la mention de l’entrée à nouveau de Jésus dans la ville de Capharnaüm. Le début du ministère de Jésus est important dans les villes du nord de la Galilée.

– Puis Mc souligne l’importance de la maison. L’indétermination nous laisse libre de penser à la maison de Pierre déjà mentionnée en Mc 1,29.

2ème temps (v. 2ab) : la présentation de la foule

2et ils s’assemblèrent nombreux

en sorte ne plus avoir de place ni même celles vers la porte,

Le sujet de la proposition principale est maintenant personnel. Il s’agit d’une foule qui présente deux caractéristiques : ils sont nombreux et ils se rassemblent. La conséquence est qu’il n’y a plus de place devant la porte.

On retrouve le thème de la foule cher à Marc :

Le mot foule ocloç se retrouve 38 fois : 2,4.13 ; 3,9.20.32 ; 4,1.36 ; 5,21.24.27…

Le mot nombreux (beaucoup) poluç est caractéristique de Marc (61 fois) : 1,34.45 ; 2,15 ; 3,8 ; 5,9.10.21.23.24.26 ; 6,31.33…

Chez Marc, cette foule représente quelque chose d’ambigüe :

– Tantôt, elle étouffe Jésus qui est obligé de prendre ses distances (4,1 ; 5,40),

– Ou elle constitue un obstacle qui empêche le malade d’arriver près de Jésus (2,2),

– Elle se laisse convaincre de livrer Jésus au supplice (15,8-15),

– Elle peut aussi favoriser l’accès à Jésus (10,49),

– Enfin, parfois, elle attire sa sollicitude (6,33-34).

A travers cette ambiguïté, le texte décrit bien l’humanité et peut-être a-t-il en vue la communauté ecclésiale versatile et sainte à la fois ?

3ème temps (v. 2c) : la présentation de Jésus

et il leur parlait la parole.

Quand on parle de Jésus, on s’intéresse à sa parole, à son enseignement : « et il leur parlait la parole » kai elalei autoiç ton logon.

Cette expression ici appliquée à Jésus est assez fréquente dans les Actes (4,29.31 ; 8,25 ; 11,19) pour décrire la mission des apôtres. La continuité entre Jésus et Marc est ainsi soulignée par Marc.

Cette première partie culmine sur la présentation de Jésus. Il y a une concentration sur sa personne et on ne sait qu’une chose, c’est qu’il enseigne. La simplicité de cette présentation de Jésus contraste avec ce qui précède. Dans les deux premiers temps, à chaque fois, il y a une subordonnée en plus, comme pour dire qu’il y a beaucoup de choses. En contraste, Jésus est présenté seulement avec une proposition principale.

Le calme de Jésus tranche avec le mouvement qui précède.

2ème partie : l’événement (2,3-5)

Le mouvement de cette partie culmine avec le verset 5, sur la personne de Jésus. On assiste à une rupture dans le récit ; d’un côté, on regardait les porteurs, puis de l’autre on regarde Jésus et ce dernier parle : il y a une insistance sur sa parole. Cette seconde partie manifeste une concentration très forte sur Jésus. Le lien entre 3-4 et 5 est fait avec la reprise du mot paralytique aux versets 3,4 et 5 ainsi que par le participe voyant idwn. L’accent est mis sur la parole de Jésus.

Mais il y a un effet de surprise : on s’attendait à ce qu’il guérisse le malade et Jésus parle de rémission des péchés. Il y a une distance énorme entre la façon dont cette partie décrivant l’action commence et la façon dont elle se termine. Ce décalage attire encore davantage l’attention sur la parole.

1er temps (v. 3) : arrivée du paralytique porté par quatre hommes

3Et ils viennent

portant vers lui un paralytique porté par quatre (hommes)

Le verset est introduit par le verbe ercontai qui est un présent historique. Celui-ci est caractéristique de Marc : il comprend un aspect concret et vivant n’hésitant pas à donner des détails (quatre hommes).

 

2ème temps (v. 4ab) : l’ouverture du toit par les quatre hommes

4Et ne pouvant l’apporter à travers la foule,

ils découvrirent le toit où il était.

3ème temps (v. 4cd) : la descente du toit du paralytique auprès de Jésus

Et ayant troué,

ils laissent descendre le grabat où le paralytique était couché.

Ce verset 4 est également riche en couleurs : les hommes découvrent le toit et creusent. Les recherches archéologiques ont montré que les toits des maisons de Palestine n’étaient pas fait de tuiles mais d’un mélange de boue et de paille soutenu par des traverses de bois. Il était donc relativement facile d’enlever la couche de boue et de faire un trou dans le treillis de bois.

Le mot grabat krabatton est un mot du langage populaire et familier et seul Mc l’emploie avec Jean (4 fois chacun).

4ème temps (v. 5) : la parole de Jésus

5Et voyant leur foi,

Jésus dit au paralytique :

              Enfant, sont pardonnés tes péchés.

La foi est très souvent mentionnée dans les contextes de guérison :

34Mais il lui dit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal. » (Mc 5,34)

52Jésus dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt il retrouva la vue et il suivait Jésus sur le chemin. (Mc 10,52)

Mais ici, la parole de Jésus met l’accent sur la foi de ceux qui portent le paralytique. Jésus interprète donc la démarche des porteurs comme un signe de leur foi, sans exclure celle du malade. Le texte laisse suggérer quelque chose de plus qu’une simple confiance envers la puissance d’un thaumaturge. Implicitement ce mot prépare la remise des péchés qui va suivre.

L’appellation teknon, enfant comme en 5,34 fillette est empreinte de sympathie un peu protectrice.

Pour Legasse, la suite est une déclaration et non une absolution[2]. La forme passive du verset 5 implique par périphrase l’action de Dieu dont l’effet est supposé réalisé quand Jésus parle. Pourquoi ce pardon ?

Dans le milieu juif, l’idée de l’unité anthropologique fait qu’on ne dissocie guère le mal physique du péché et que le premier est considéré comme le châtiment du second.

A ce sujet, voir Jn 9,2 et Lc 13,1-5.

Mais dans notre texte, si Dieu pardonne, c’est bien sur la base de la foi des porteurs qui rejaillit nécessairement sur celui qu’ils transportent.

Ici est vraiment mise en évidence la dimension ecclésiale de la foi.

3ème partie : le dialogue avec les scribes (2,6-11)

L’objet du dialogue est le pouvoir ou non de remettre les péchés.

C’est une controverse.

1er temps (vv. 6-7) : les murmures des scribes

> Élément narratif (v. 6)

6Or certains des scribes étaient là

assis et tenant des réflexions dans leurs cœurs :

C’est ici qu’interviennent des personnages dont la présence n’a pas encore été signalée dans le récit et qui font aussi leur première apparition dans le récit : les scribes.

Ceux-ci jouent un rôle très important dans l’Évangile de Marc et ils apparaissent comme les meneurs de l’opposition à l’enseignement de Jésus.

Mc : 21 fois ; Mt : 22 fois ; Lc : 14 fois ; Jn : 2 fois ; NT : 64 fois.

22Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : « Il a Béelzéboul en lui » (Mc 3,22)

Cf Mc 7,1 ; 9,11 ; 9,14 ; 12,38…

Ils désignent les experts en matière légale dont l’office consistait à interpréter la Torah, à former des disciples capables de leur succéder et enfin à rendre la justice.

Marc leur donne une place plus importante que les Pharisiens et ils sont toujours hostiles à Jésus (exception en 12,28-34), s’associant avec les grands prêtres pour projeter sa mort :

18Les grands prêtres et les scribes l’apprirent et ils cherchaient comment ils le feraient périr.  (Mc 11,18)

Cf Mc 12,12a ; 14,1.43.53

Ici, les scribes sont décrits à l’aide de 2 participes dépendant du même verbe : assis et tenant des réflexions. La suite de la section s’intéressera au dialogue intérieur.

On peut relever une tension dans le texte : les scribes sont assis alors qu’il y a foule. Comment est-ce possible ? Marc veut sans doute nous communiquer quelque chose ; dans le monde juif, être assis est signe d’autorité :

Jésus lit la Loi puis s’assoit pour la prédication :

20Il roula le livre, le rendit au servant et s’assit… (Lc 4,20)

Les fils de Zébédée demandent à s’asseoir près de Jésus :

37Ils lui dirent : « Accorde-nous de siéger dans ta gloire l’un à ta droite et l’autre à ta gauche. » (Mc 10,37)

Le fils de l’homme siégeant à droite de la puissance :

62… Vous verrez le Fils de l’homme siégeant à la droite de la Puissance… (Mc 14,62)

Vous siégerez sur 12 trônes :

28… quand le Fils de l’homme siégera sur son trône de gloire, vous qui m’avez suivi, vous siégerez vous aussi sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël. (Mt 19,28)

Mais on peut aussi dire qu’ils sont “assis” dans la compréhension théologique de l’événement. Les scribes agissent en tant qu’ayant autorité pour juger. Ils sont dans leur fonction. On assiste là à une session des scribes qui correspond à une anticipation du procès de Jésus. Il y a un lien très fort entre cette scène et la fin de l’Évangile. Et en effet, la conclusion de la série de controverses en Mc 3,6 est la décision des scribes et des pharisiens de tuer Jésus.

Tenant des réflexions dans leurs cœurs : l’expression est typique de la rédaction marcienne :

16Ils se mirent à discuter entre eux parce qu’ils n’avaient pas de pains.  (Mc 8,16)

Cf Mc 9,33 ; 11,31

Le cœur est fortement présent dans la révélation juive. C’est le siège des pensées et des sentiments, le lieu de la profondeur de l’homme :

Mc 7,18-23 : c’est ce qui sort du cœur de l’homme qui rend l’homme impur. Mais aussi : Jr 17,10 ; Is 29,13 ; Lv 26,41 ; Ps 51,12 ; Jr 31,37 ; Ez 36,25.

> La parole des scribes (v. 7)

              7Pourquoi celui-ci ainsi parle ?

              Il blasphème.

              Qui peut pardonner des péchés sinon seul Dieu ?

Celle-ci comporte 3 moments :

– Le verset comprend d’abord une réaction indignée et de surprise des scribes, sous forme d’une question rhétorique tout à fait dans le style de Marc (Mc 2,8b.16b.18b.24 ; 3,4 ; 4,40…) : « Pourquoi celui-ci parle-t-il ainsi » (7a).

– Puis vient l’accusation de blasphème. Celui-ci est à comprendre au sens d’outrage. Ici, il consiste à usurper une fonction et un pouvoir qui n’appartiennent qu’à Dieu : « Il blasphème » (7b),

– Le fondement théologique du jugement : « Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? » (7c).

Dans l’Ancien Testament, le pardon des péchés est une prérogative de Dieu :

25Moi, cependant, moi je suis tel que j’efface, par égard pour moi, tes révoltes, que je ne garde pas tes fautes en mémoire. (Is 43,25)

Cf Is 44,22 ; Ps 25,7.11.18.

Usurper ce pouvoir, c’est donc blasphémer.

La peine due au blasphémateur était la lapidation :

15Et tu parleras ainsi aux fils d’Israël : Si un homme insulte son Dieu, il doit porter le poids de son péché ; 16ainsi celui qui blasphème le nom du SEIGNEUR sera mis à mort : toute la communauté le lapidera ; émigré ou indigène, il sera mis à mort pour avoir blasphémé le NOM. (Lv 24,15-16)

Devant le Sanhédrin, c’est précisément l’accusation de blasphème qui sera reprochée à Jésus. C’est à ce titre là qu’il fera condamner Jésus :

65Alors le Grand Prêtre déchira ses vêtements et dit : « Il a blasphémé. Qu’avons-nous encore besoin de témoins ! Vous venez d’entendre le blasphème.  66Quel est votre avis ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. » (Mt 26,65)

On a ici l’affirmation d’une thèse théologique. Leur parole culmine ici. Cette thèse est exprimée sur le mode interrogatif. Une question est posée qui demande une réponse. Il y a “en creux” la demande d’une confirmation.

La réponse attendue sera apportée par Jésus.

2ème temps (vv. 8-11) : la parole de Jésus

> Élément narratif (2,8a) :

8Et aussitôt Jésus connaissant par son esprit

qu’ainsi ils tiennent des réflexions en eux-mêmes, il leur dit :

On a la reprise du verbe dialogizomai « tenir des réflexions en soi-même » (vv. 6.8) qui fait le joint entre les deux parties.

Mc commence par souligner la connaissance qu’a Jésus des pensées de ses adversaires (Mc 5,30). Puis Jésus réagit par une contre-question. Mais pour que l’effet visé soit obtenu, il faut en donner la clé. Celle-ci va s’exprimer sous la forme de l’alternative du verset 9.

> La parole de Jésus (2,8b-11) :

              Pourquoi cela tenez-vous des réflexions dans vos cœurs ?

              9Quoi est plus facile,

              dire au paralytique : tes péchés sont pardonnés

              ou dire : lève-toi et enlève ton grabat et marche ?

              10Or afin que vous sachiez que le fils de l’homme a autorité

              de pardonner des péchés sur le terre –

              il dit au paralytique :

                       11A toi je dis, lève-toi enlève ton grabat

                       et va dans ta maison.

La parole de Jésus est très développée et comprend comme celle des scribes 3 moments :

– Jésus fait le lien avec la situation en dévoilant les pensées secrètes des scribes : « Pourquoi tenez-vous des réflexions en vos cœurs ? » (8d).

– Sur un mode interrogatif, Jésus développe une équivalence entre deux réalités. Cette équivalence sera la clef de réponse donnée aux scribes (9).

Il propose donc une alternative entre la guérison corporelle et le pardon des péchés. Son raisonnement est « a maiore ad minus » : qui peut le plus peut le moins. Le plus, c’est de guérir d’un mot un paralytique et le moins c’est une parole de pardon dont l’effet est indémontrable.

Jésus se fait fort d’accomplir le plus pour prouver le moins.

Les deux expressions sont donc placées comme équivalence. L’acceptation tacite de celle-ci permet d’expliquer la raison de sa conduite et de justifier la parole donnée au paralytique.

– Le verset 10 comprend l’affirmation théologique centrale de la péricope. Elle est soulignée par la formule d’introduction “or afin que vous sachiez”. On a là une déclaration très solennelle.

Jésus ne laisse pas le temps aux scribes de répondre. Il enchaîne pour donner le sens du miracle : celui-ci provient dans le seul but de prouver que le Fils de l’Homme a le pouvoir de remettre les péchés.

Ainsi, dans cet épisode tel qu’il nous est parvenu, la guérison du paralytique est au service d’une déclaration de haute portée christologique.

Ici, comme en 2,28, le titre de Fils de l’Homme est attribué à Jésus non en référence à la Passion (8,31 ; 9,9.12.31 ; 10,33…) mais en lien avec l’autorité souveraine qu’il revendique. Ce titre est ici empreint d’une incontestable transcendance.

La petite phrase “il dit au paralytique” gêne le déroulement harmonieux du récit. Elle apparaît comme un corps étranger. C’est sans doute un indice rédactionnel qui montre la transformation de l’attitude de Jésus qui maintenant s’adresse au paralytique.

Celle-ci est en même temps la réponse donnée à la question des scribes en 7.

Cette déclaration solennelle comporte une rupture : la 1ère partie s’adresse aux scribes. Cette subordonnée n’est pas rattachée à une principale.

Il y a une rupture dans le déroulement de la pensée opérée par l’introduction d’un élément narratif “il dit…” et par le changement de destinataire : je “te” le dis. Cette phrase adressée au paralytique est un élément de l’équivalence du verset 9.

Le fondement sera assuré définitivement au verset 12 où on voit que la parole est efficace.

Le cœur de ce passage se trouve donc dans la controverse et le cœur de la controverse est à trouver dans les deux éléments qui se répondent : objection/question des scribes et réponse de Jésus qui prend la forme d’une thèse théologique fondée sur une parole efficace.

Toute la péricope est dominée par la problématique du pardon des péchés (versets 5,7,9,10). Dans les derniers cas, il y a un parallèle entre remettre les péchés et prendre son grabat.

4ème partie : Guérison et réaction de la foule (2,12)

1er temps (v. 12ab) : la guérison du paralytique

 12Et il se dressa

et aussitôt enlevant le grabat il sortit devant tous

2ème temps (v. 12cd) : réaction de la foule

en sorte que tous étaient bouleversés

et rendaient gloire à Dieu, disant qu’ainsi jamais nous ne vimes.

Ce verset classique de conclusion met en évidence la preuve de l’efficacité de la Parole de Jésus et montre la réaction de la foule : bouleversement et louange.

12 Le récit de Matthieu 9,1-8

121 Le contexte

Nous sommes ici dans un tout autre contexte : le début du chapitre 9. Or, depuis le début de l’Évangile, il s’est passé beaucoup de choses, en particulier le sermon sur la montagne.

Notre récit se trouve dans la grande partie consacrée aux miracles et suivant le discours sur la montagne :

– 5-7 : paroles (discours sur la montagne)

– 8-9 : œuvres (miracles).

Dans cette section, Mt regroupe 10 miracles se trouvant ailleurs dans les autres synoptiques. Mc et Lc sont proches et Mt diffère. Il a réorganisé la trame de Marc tout en la conservant.

Notre récit vient en 6ème position :

– La guérison du lépreux (8,1-4)

– La guérison du fils du centurion, absente chez Mc et présente chez Lc provenant donc de la source Q (8,5-13)

– La guérison de la belle-mère de Pierre 8,14-15)

– La tempête apaisée (8,23-27)

– La guérison du possédé de Géraza (8,28-34)

Puis après la guérison du paralytique, on trouve l’appel de Lévi (9,9-13) et la controverse sur le jeûne (9,14-17), comme chez Mc.

Ce bloc faisait ainsi une unité > caractère secondaire du texte de Mt/Mc.

Puis suivent le double récit de la guérison de la fille de Jaïre et de la femme hémoroïsse, la guérison des deux aveugles, et celle d’un possédé muet.

122 Analyse du texte

On retrouve les quatre grandes parties de Marc.

La situation (v. 1) :

1Jésus monta donc dans la barque, retraversa la mer et vint dans sa ville. 

Nous avons là un verset de transition qui provient de la rédaction matthéenne qui permet de faire le lien avec la péricope de la guérison du possédé de Gérasa, de l’autre côté du lac.

L’événement (v. 2) :

2Voici qu’on lui amenait un paralysé étendu sur une civière. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Confiance, mon fils, tes péchés sont pardonnés. » 

kai idou sémitisme fréquent chez Matthieu. Ce dernier réécrit le récit avec son langage propre. Il n’est pas fait mention de la foule. On a un récit très hiératique, dépouillé, tout le superflu est éliminé : la prédication de Jésus, les porteurs, la tentative de s’approcher et la descente du toit ne sont plus exposés. Seule la portée doctrinale de l’événement intéresse Mt. Par contre les paroles de Jésus sont gardées intégralement.

On passe tout de suite à la reconnaissance de la foi associée avec une invitation à la confiance et le pardon des péchés.

Le dialogue avec les scribes (vv. 3-6) :

1er  temps : la réaction des scribes (v. 3)

3Or, quelques scribes se dirent en eux-mêmes : « Cet homme blasphème ! » 

On retrouve le même sémitisme qu’au verset 2. D’où viennent les scribes ? Là aussi Mt abrège. Ils ne sont plus assis : ils ne sont pas des maîtres. Leur dialogue intérieur est réduit à sa plus simple expression. Leur thèse n’est pas exprimée. Il n’y a pas d’interrogation sur Jésus, simplement une affirmation : « il blasphème ».

2ème temps : la parole de Jésus (vv. 4-6)

> Élément narratif (v. 4a) :

4Voyant leurs réactions, Jésus dit 

Chez Mt, Jésus connaît les réactions et non plus les pensées intérieures.

> La parole de Jésus (vv. 4b-6) :

« Pourquoi réagissez-vous mal en vos cœurs ? 

5Qu’y a-t-il donc de plus facile, de dire :

“Tes péchés sont pardonnés”, ou bien de dire : “Lève-toi et marche” ? 

6Eh bien ! afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre autorité pour pardonner les péchés… » – il dit alors au paralysé :

« Lève-toi, prends ta civière et va dans ta maison. » 

Comme chez Marc, la parole de Jésus est très développée et comprend 3 moments :

– Jésus connait les pensées des scribes qui chez Mt sont qualifiées immédiatement de « mauvaises » (v. 4b).

Cette péricope et ce verset illustrent la distanciation qui s’est opérée entre la communauté juive et la communauté chrétienne primitive.

– Reprise sur un mode interrogatif de l’équivalence entre deux réalités développées par Marc (v. 5). Le mouvement profond de la parole de Jésus est maintenu.

– Comme chez Marc, affirmation théologique centrale de la péricope, soulignée par la formule d’introduction “or afin que vous sachiez” (v. 6). La formule déclarative sur l’autorité a le même contenu. Le commandement de Jésus est le même qu’en Mc.

Matthieu supprime simplement la mention « au paralytique » de Mc 2,9 ; il remplace grabat par couche et il rajoute au v. 6 la mention du pouvoir qui est donné « sur la terre ».

Guérison et réaction de la foule (vv. 7-8) :

Comme chez Marc, cette dernière partie comprend deux temps :

1er temps : la guérison du paralytique (v. 7) :

7L’homme se leva et s’en alla dans sa maison. 

Mt ajoute que le paralytique rentre dans sa maison.

2ème temps : réaction de la foule (v. 8) :

8Voyant cela, les foules furent saisies de crainte et rendirent gloire à Dieu qui a donné une telle autorité aux hommes.

Le texte traduit une modification de la perspective de Mc.

Ici, Mt parle des foules qui sont saisies de crainte après la reconnaissance de la présence de Dieu. Elles louent Dieu mais différemment de chez Mc où elles sont bouleversées par la guérison. Chez Mt, elles rendent gloire à Dieu pour le pouvoir qu’il a donné aux hommes. Ce n’est pas d’abord celui donné au Fils de l’Homme. Ainsi on est invité à tourner son regard plus loin, vers les hommes qui ont reçu le pouvoir de pardonner les péchés dans la communauté ecclésiale. Mt s’intéresse donc à la problématique du pardon des péchés.

Mc, lui, ne s’intéressait qu’au miracle d’où l’étonnement et la louange se référant directement à l’événement du miracle et non à la discussion sur le pardon des péchés qui n’était pas présente dans la conclusion. Mt a lui intégré la question du pardon des péchés dans la conclusion. Il attire l’attention sur le sens de l’événement.

Il veut montrer que le pouvoir de pardonner les péchés dans l’Église primitive s’enracine dans la pratique même de Jésus qui l’a transmis ensuite aux « hommes » (Mt 16,19 ; 18,18).

123 L’originalité du récit matthéen

Nous avons 8 versets chez Mt contre 12 chez Mc : le récit est beaucoup plus court. C’est une caractéristique rencontrée dans tous les récits de miracles rapportés par Mt. Ce dernier est plus bref pour tout ce qui est récit. Il abrège. La couleur locale disparaît, l’aspect pittoresque n’est plus présent. La partie descriptive est pratiquement inexistante. Mt est un catéchète qui s’intéresse surtout aux paroles de Jésus. La présentation des événements qui occupe 5 versets chez Marc est faite en deux versets chez Mt et même en un seul car le 1er indique le retour à Capharnaüm. La pointe du récit se trouve au v. 8b.

13 Le récit de Luc 5,17-26

Luc reprend la même tradition et l’actualise de manière originale.

131 Le contexte

Cette péricope se trouve dans la partie concernant le ministère de Jésus en Galilée et suit le récit des événements fondateurs rapportés en Marc : baptême, généalogie, tentation. Puis, on trouve les péricopes suivantes :

– Le récit de la prédication inaugurale dans la synagogue de Nazareth (4,16-30),

– Son enseignement avec autorité (4,31-37),

– Quelques récits de guérisons (4,38-41),

– Le départ de Capharnaüm (4,42-44).

On assiste ensuite à la pêche miraculeuse et à l’appel des disciples (5,1-11) puis à la guérison d’un lépreux (5,12-16) qui précède la guérison du paralytique. Après notre péricope, nous retrouvons le même déroulement que chez Marc : vocation de Lévi et questions sur le jeûne.

Ainsi Luc suit globalement la trame de Marc avec quelques modifications : Marc place la prédication inaugurale au chapitre 6, avant l’envoi en mission des Douze, et il place l’appel des premiers disciples en 1,16-20, juste après le récit de la tentation et le sommaire sur la prédication de Jésus.

132 Analyse du texte

La situation générale (5,17) :

17Or, un jour qu’il était en train d’enseigner,

il y avait dans l’assistance des Pharisiens et des docteurs de la loi

qui étaient venus de tous les villages de Galilée et de Judée ainsi que de Jérusalem ;

et la puissance du Seigneur était à l’œuvre pour lui faire opérer des guérisons. 

On retrouve au début du récit deux expressions caractéristiques de Luc :

– kai egeneto (septantisme) et il arriva (traduit par or)

– en mia twn hmerwn : dans un des jours (traduit par un jour). L’expression est imprécise et caractéristique de Luc.

Lc souligne ensuite l’activité d’enseignement de Jésus : kai autoç hn didaskwn et celui-ci était enseignant. La scène va se dérouler dans ce cadre. Mais Luc oublie de préciser le lieu de l’événement qui est ainsi atemporel et agéographique. Il ne mentionne ni la ville, ni la maison.

D’emblée, par contre, il nomme les pharisiens et les docteurs de la loi, venus des villages de Galilée et de Judée et de Jérusalem. Ici Luc utilise l’expression docteurs de la loi pour nommer les scribes. Chez Luc, ils font partis du récit depuis le début (chez Mc, ils apparaissent au milieu).

Ils semblent s’être rassemblés de toute la Galilée, de la Judée et de Jérusalem pour faire passer en jugement Jésus et sa « puissance » de guérison.

Or, le plan de l’Évangile de Luc est géographique : Galilée > Judée > Jérusalem. Cela signifie que l’événement qui se passe est important. Il s’inscrit dans une progression. Les pharisiens annoncent discrètement par leur présence et leur opposition le dénouement ultime des événements qui auront lieu à Jérusalem.

Puis Luc parle de Jésus. Il souligne fréquemment que Jésus est celui qui guérit : le verbe iaomai guérir est utilisé 11 fois chez Luc, 4 fois chez Mt et 1 fois chez Marc. Jésus est celui qui guérit les hommes.

Voici quelques emplois significatifs de ce verbe :

18Ils étaient venus pour l’entendre et se faire guérir de leurs maladies ; ceux qui étaient affligés d’esprits impurs étaient guéris ; 19et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous. (Lc 6,18-19)

Les gens sont venus pour entendre et guérir.

Cf Lc 7,7 ; 8,47 ; 9,11 ; 9,42 ; 14,14 ; 17,15 ; 22,51.

Luc précise ensuite l’origine du pouvoir de Jésus : la puissance du Seigneur était à l’œuvre. On retrouve une problématique chère à Luc :

1Ayant réuni les Douze, il leur donna puissance et autorité sur tous les démons et il leur donna de guérir les maladies. (Lc 9,1)

L’événement (5,18-20) :

1er temps : Arrivée de l’homme paralysé (v. 18)

18Survinrent des gens portant sur une civière un homme qui était paralysé ;

ils cherchaient à le faire entrer et à le placer devant lui ; 

Les détails du récit de Marc sont supprimés. Le malade est sur un lit. Luc parle d’un homme anqrwpoç. Cette expression renvoit à un certain humanisme de Jésus qui se penche sur l’homme. L’expression “un homme qui était paralysé” est élégante et noble. Mais la description moins riche en couleurs est plus précise.

2ème temps : L’ouverture du toit et la présentation de l’homme devant Jésus (v. 19)

19et comme, à cause de la foule, ils ne voyaient pas par où le faire entrer,

ils montèrent sur le toit et, au travers des tuiles,

ils le firent descendre avec sa civière en plein milieu, devant Jésus. 

Le récit, avec une autre terminologie, est proche de celui de Marc.

Luc apporte plusieurs détails : les gens montent sur le toit, ils passent à travers les tuiles. Le malade est amené « au milieu », « devant » Jésus. Il y a une insistance de Luc sur Jésus, une focalisation.

3ème temps : la parole de Jésus (v. 20)

20Voyant leur foi, il dit : « Tes péchés te sont pardonnés. » 

Verset à peu près semblable à Marc.

Le dialogue avec les scribes (5,21-24) :

21Les scribes et les Pharisiens se mirent à raisonner :

« Quel est cet homme qui dit des blasphèmes ? Qui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » 

22Mais Jésus, connaissant leurs raisonnements, leur rétorqua :

« Pourquoi raisonnez-vous dans vos cœurs ? 

23Qu’y a-t-il de plus facile, de dire : “Tes péchés te sont pardonnés”

ou bien de dire : “Lève-toi et marche” ? 

24Eh bien, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a sur la terre autorité pour pardonner les péchés, – il dit au paralysé : “Je te dis, lève-toi, prends ta civière et va dans ta maison.” » 

Comme Marc, Luc parle des scribes. Mais, au v. 21, la question de ceux-ci se tourne vers l’identité de Jésus : Tiç estin outoç os lalei blasfhmiaç, “quel est celui-ci qui dit des blasphèmes ?”. Il y a ici une personnalisation. Luc s’intéresse à Jésus. Les scribes ici s’intéressent à l’identité de Jésus et non plus seulement à ses paroles.

Puis Luc suit fidèlement le récit de Marc jusqu’au verset 24.

La guérison et la réaction de la foule (5,25-26) :

25A l’instant, celui-ci se leva devant eux,

il prit ce qui lui servait de lit et il partit pour sa maison en rendant gloire à Dieu. 

26La stupeur les saisit tous et ils rendaient gloire à Dieu ; remplis de crainte, ils disaient :

« Nous avons vu aujourd’hui des choses extraordinaires. »

La conclusion du v. 25 est un peu transformée. Luc dit : “à l’instant” (2 fois chez Mt et 7 fois chez Lc). Seul Luc dit également : “celui-ci se leva devant eux” qui met en évidence l’efficacité de la parole.

Ici c’est le paralysé qui loue Dieu. C’est celui qui est guérit qui loue. On retrouve le thème fondamental de la louange cher à Luc.

Au v. 26, on la reprise du verset 12 de Marc avec le thème de la crainte absent chez Marc mais présent chez Mt. On retrouve également le thème de « l’aujourd’hui » cher à Luc : actualisation du salut de Dieu.

133 Originalité du récit lucanien

Le récit de Luc est plus bref que celui de Marc mais il n’a pas autant été amputé que celui de Mt. Lc l’a transformé en fait surtout en ce qui concerne le début en fonction de ses perspectives et des aspects doctrinaux qui lui sont chers.

Son récit est beaucoup plus soigné dans sa langue, dans sa présentation et dans sa composition : Lc a veillé à donner une unité à tout le récit (unité qui manque chez Mc et un peu chez Mt). Il donne tous les éléments nécessaires à la compréhension de la scène dès le départ (détails et informations).

On retrouve dans ce récit le thème éminemment lucanien de la réconciliation de l’homme avec Dieu ; réconciliation qui s’exprime jusque dans le corps par le retour à la santé. Telle est en effet, l’efficacité de la Parole de Jésus, son autorité : l’homme qui croit, porté par la foi de ses frères est remis debout aux yeux de tous.

Pour Luc, ce qui frappera son lecteur helléniste, c’est le fait que l’autorité déployée par le Fils de l’Homme à l’intérieur du paralysé – le pardon des péchés – puisse avoir un retentissement sur son corps. D’où sa manière de conclure : « Nous avons vu aujourd’hui des choses extraordinaires » (v. 26).

La vue de cet homme guéri permet à tous de reconnaître l’actualité du salut apparue à la naissance de Jésus (2,11) et proclamée par lui à Nazareth (4,21).

14 Les genres littéraires de la péricope

On peut relever deux genres littéraires principaux dans notre péricope : un récit de miracle réalisé par Jésus qui guérit un paralytique et une controverse avec les scribes et pharisiens ayant assisté à la guérison.

141 Le récit de guérison

Voici les éléments caractéristiques des récits de guérison qu’on retrouve dans notre récit :

– 1er élément : Exposé de la difficulté, de la réalité du mal et de la difficulté du salut.

3Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes. (Mc 2,3)

Nous sommes bien en face d’une situation de détresse.

Ici, peuvent être mentionnés la nature de la maladie, sa durée ou l’impuissance des docteurs (Lc 8,43).

– 2ème élément : La présentation du cas.

3Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes. (Mc 2,3)

Cette présentation du cas à Jésus s’accompagne souvent d’une demande de guérison de la part du malade ou de son entourage. Celle-ci peut être implicite comme ici en Mc 2,3 ou explicite en Mc 10,51.

C’est une foi en la puissance de Jésus, sauveur.

– 3ème élément : L’intervention du thaumaturge et la parole de guérison.

10bIl dit au paralysé : 11« Je te dis : lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison. » (Mc 2,10b-11)

L’intervention de Jésus est en général caractérisée par sa simplicité. C’est souvent une parole – lève-toi, prends ton brancard – qui est efficace comme l’est la Parole de Dieu. Il n’y a jamais d’emphase. Cette simplicité est le signe de sa puissance.

La guérison peut aussi s’effectuer par le biais de gestes de guérison : l’imposition des mains (Mc 5,23 ; 6,5 ; 7,32 ; 8,23…) ou l’usage de boue et de salive (Mc 7,33 ; 8,23).

– 4ème : Démonstration et effet de la guérison.

12L’homme se leva, il prit aussitôt son brancard et il sortit devant tout le monde, (Mc 2,12)

L’intervention est en général suivie d’effet : la guérison a lieu instantanément et immédiatement : « L’homme il se leva… aussitôt » (Mc 2,12). Mais l’effet peut être parfois plus long à venir (Mc 8,23-25).

– 5ème : Réaction du miraculé et de la foule.

12bSi bien que tous étaient bouleversés et rendaient gloire à Dieu en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil ! » (Mc 2,12)

Les assistants au miracle disent leur étonnement ou leur crainte avant de chanter la louange de Dieu (Mc 2,12 ; 5,15.20).

Parfois est signalée la réaction de Jésus demandant le silence ou fuyant la foule (Mc 1,44 ; Jn 6,15).

Un tel schéma, d’allure simple peut se compliquer selon que la pointe du récit porte sur l’action ou sur une parole du thaumaturge. Dans le premier cas on est devant un récit de miracle au sens strict. L’accent est mis sur la puissance du thaumaturge. Dans le second cas, le geste miraculeux devient le support de la parole en question.

142 Plus qu’un récit de guérison

Nous avons affaire à plus qu’un récit de guérison car il y a aussi les versets 5b à 10a :

 

GUÉRISON vv. 3-5a   vv. 10b-12
ENTRE   vv. 5b-10a  

 

Ces versets 5b-10a reflètent une controverse entre Jésus et les scribes ; même si les scribes n’expriment pas ici leurs paroles.

Nous avons ainsi un récit de miracle à l’intérieur duquel s’inscrit une controverse.

Le but d’une controverse est de mettre en relief un aspect particulier de la personnalité de Jésus et de son enseignement. Chez Marc, beaucoup de controverses mettent en évidence qui est Jésus et quel est son message :

 

– Mc 7,1-23 :              controverse sur la purification.

– Mc 10,1-12 :             controverse sur le divorce.

– Mc 10,17-31 :          controverse sur la loi juive et la loi nouvelle.

– Mc 11 :                     controverse sur l’activité de Jésus.

– Mc 12,13-27 :          controverse sur l’impôt et sur la résurrection.

– Mc 12,35 :                controverse sur le Christ Fils et Seigneur.

De manière habituelle, les récits de controverse comprennent trois éléments :

Mc 2,5b-10a Mc 2,13-17 Mc 2,23-28
1 Parole ou attitude

de Jésus

« tes péchés sont pardonnés » (v. 5b) « le voici à table… avec les pêcheurs »

(vv. 15-16a)

« Un jour de sabbat, ses disciples arrachent des épis » (v. 23)
2 Réaction des opposants à Jésus sous forme d’une question « Pourquoi parle-t-il ainsi ? Il blasphème » (v. 7) « Quoi ? Il mange avec les pêcheurs ! »

(v. 16)

« Pourquoi font-ils ce qui n’est pas permis le sabbat ? »

(v. 24)

3 Parole de Jésus approfondissant un aspect de sa personne, de sa mission ou de sa doctrine « Le Fils de l’Homme a autorité pour pardonner les péchés » (v. 10a) « Je suis venu appeler non pas les justes mais les pêcheurs » (v. 17) « …le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat’ (vv. 25-28)

 

Ici, la controverse de 2,5b-10a a pour but de RÉVÉLER un aspect de la personnalité de Jésus : en lui se réalise une des prérogatives divines, il lui a été donné le pouvoir de remettre les péchés.

Les versets 3-5a et 10b-12 révèlent sa PUISSANCE DE GUÉRISON (sa dunamiç).

Les versets 5b-10a révèlent son POUVOIR DE REMETTRE LES PÉCHÉS (son exousia).

15 Histoire de la rédaction

Le récit actuel a de fortes chances d’être composite. L’unité actuelle paraît secondaire.

151 Indices littéraires dans le corps du récit

On peut relever dans le corps du récit un certain nombre de tensions qui sont autant d’indices qui montrent que le texte n’est pas d’une seule coulée : ruptures dans la construction des phrases, changements brusques d’interlocuteurs, déclarations qui surprennent à l’endroit où elles se trouvent.

Changement brusque d’interlocuteur au v 10

Le début du verset porte sur la définition du pouvoir du Fils de l’Homme et s’adresse aux scribes. C’est une parole de Jésus en style direct.

Par contre la finale s’adresse au paralytique et est en style indirect, narratif. Elle introduit alors un ordre et non une explication.

On passe dans cette même phrase d’un univers à un autre et ces deux univers n’ont rien de commun.

Le récit contient DEUX introductions au discours direct adressé au paralytique

On retrouve deux fois la formule : “il dit au paralytique” (5 et 10). La répétition en soi n’est pas la preuve d’une assertion mais elle prend un relief particulier quand on constate que la seconde introduit la parole qui correspond exactement à la situation supposée par la première indication. La suite logique du v. 5a serait 10b :

  1. 5a : « Voyant leur foi…
  2. 10b : ….il dit au paralysé : je te le dis, lève-toi »

La mention inattendue de la rémission des péchés

Au v. 5b, on attendrait davantage une parole de guérison que celle exprimant le pardon des péchés.

La présence inattendue des scribes

Les scribes apparaissent au v. 6 de manière tout à fait inattendue. Ils sont là tranquillement assis alors que la foule se bouscule. Il y a quelque chose de surréaliste dans cette présence. Celle-ci est donc due à un autre titre que la vraisemblance historique. De même leur disparition subite à la fin du récit surprend alors qu’ils tiennent une grande place au milieu de la péricope. On ne s’intéresse plus à eux après la guérison.

L’amplification du v. 10 par rapport au v. 5

On passe en effet d’une simple affirmation du pardon des péchés du paralytique à une affirmation théologique au v. 10 : « le Fils de l’Homme a autorité pour remettre les péchés sur la terre ».

Comment l’expliquer ?

152 Questions soulevées par la finale du récit (v 12)

Thèmes développés dans la finale et se rapportant strictement à un récit de miracle

Il y a l’effet de la parole et la réaction de la foule. Les éléments de la finale s’expliquent uniquement en référence au miracle. La réaction de la foule porte sur le miracle et non sur l’incroyable prétention de Jésus de remettre les péchés.

Ce qui occupe le centre de la péricope ne trouve aucun écho dans la conclusion du récit de Marc.

On n’apprend rien de la réaction des scribes

On aurait attendu de leur part une attitude d’acquiescement ou de refus ou un silence. Il y a à ce niveau quelque chose d’inachevé.

Le narrateur dans sa conclusion ignore la présence des scribes.

Un récit unifié ne pourrait faire l’économie des incohérences du texte. Toutes nos observations nous amènent à dire que nous avons affaire à un récit composite qui a comme base l’histoire de la guérison du paralytique sur laquelle est venue se greffer une controverse sur le pouvoir de Jésus de pardonner les péchés.

153 Hypothèses sur l’histoire de la péricope

Au vu de toutes ces remarques et questions on peut envisager l’éventualité de trois hypothèses :

1ère hypothèse

Notre récit serait le résultat de l’assemblage de deux traditions.

L’une rapporte un récit de guérison :

3Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes. 

4Et comme ils ne pouvaient l’amener jusqu’à lui à cause de la foule,

ils ont découvert le toit au-dessus de l’endroit où il était et, faisant une ouverture,

ils descendent le brancard sur lequel le paralysé était couché. 

5Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé :

11« Je te dis :

lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison. » 

12L’homme se leva, il prit aussitôt son brancard

et il sortit devant tout le monde,

si bien que tous étaient bouleversés

et rendaient gloire à Dieu en disant :

« Nous n’avons jamais rien vu de pareil !  (vv. 3-5a.11-12)

L’autre rapporte un récit de controverse sur le pardon des péchés :

« Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » 

6Quelques scribes étaient assis là et raisonnaient en leurs cœurs : 

7« Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ?

Il blasphème.

Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? » 

8Connaissant aussitôt en son esprit qu’ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes, Jésus leur dit :

Pourquoi tenez-vous ces raisonnements en vos cœurs ? 

9Qu’y a-t-il de plus facile, de dire au paralysé :

“Tes péchés sont pardonnés”,

ou bien de dire :

“Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? 

10Eh bien ! afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… » – il dit au paralysé : (vv. 5b-10)

Mais cette solution ne rend pas compte de l’amplification de 2,10 ni de l’aspect restreint de la finale.

2ème hypothèse

La tradition primitive rapporterait simplement une guérison qui, dans le récit, suscite seule l’admiration des foules au v. 12.

Le récit originel comprenait donc les vv. 3-5a.11-12.

En exploitant le symbolisme du récit, la communauté primitive aurait développé et ajouté les vv. 5b-10 concernant le pardon.

Cette hypothèse accorderait à la communauté primitive un pouvoir assez grand de création et transformation.

3ème hypothèse

Le récit de guérison comportait dès le point de départ la mention de la guérison des péchés (5b).

Les vv. 6-10 seraient un développement et une adaptation du récit primitif à la situation du Christ ressuscité devenu sauveur universel. C’est l’hypothèse de Paul Lamarche. Pour lui, en effet, le rapprochement entre maladie et péché est trop fréquent pour qu’on puisse s’en étonner (dans les Psaumes)[3].

En effet, si le récit de miracle a une autonomie en lui-même, il n’en n’est pas de même pour la controverse. Si celle-ci fait l’effet d’un corps étranger dans le récit, elle n’a pas pour autant une indépendance totale, un certain nombre d’éléments se référant à l’histoire de la guérison. Cela est vrai en particulier pour l’équivalence du v. 9.

La controverse elle-même apparaît ainsi comme une composition secondaire.

Très schématiquement, on peut donc mettre en évidence trois niveaux

Niveau 1 : le récit primitif de guérison (vv. 3-5 et 11-12)

3Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes. 

4Et comme ils ne pouvaient l’amener jusqu’à lui à cause de la foule,

ils ont découvert le toit au-dessus de l’endroit où il était et, faisant une ouverture,

ils descendent le brancard sur lequel le paralysé était couché. 

5Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé :

            « Mon fils, tes péchés sont pardonnés.

11Je te dis :

lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison. » 

12L’homme se leva, il prit aussitôt son brancard

et il sortit devant tout le monde,

si bien que tous étaient bouleversés

et rendaient gloire à Dieu en disant :

« Nous n’avons jamais rien vu de pareil !

Niveau 2 : le développement de la communauté jérusalémite (ajout des vv. 6a-7-8a.9-10)

6Quelques scribes étaient assis là (et raisonnaient en leurs cœurs) : 

7« Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ?

Il blasphème.

Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? » 

8Connaissant aussitôt en son esprit qu’ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes,

(Jésus leur dit :

Pourquoi tenez-vous ces raisonnements en vos cœurs ?)

9Qu’y a-t-il de plus facile, de dire au paralysé :

“Tes péchés sont pardonnés”,

ou bien de dire :

“Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? 

10Eh bien ! afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… » – il dit au paralysé :

Niveau 3 : la rédaction marcienne (ajout des vv. 1-2.6b.8bc)

1Quelques jours après, Jésus rentra à Capharnaüm et l’on apprit qu’il était à la maison. 

2Et tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte.

Et il leur annonçait la Parole. 

Ces vv. 1-2 sont sans doute une addition rédactionnelle de Marc n’ayant pas d’autre but que d’assurer une cohérence et une liaison entre les différents épisodes rapportés par Marc[4].

16 Signification théologique de la péricope

Dans l’état actuel du texte, ce récit du paralytique pardonné a une grande portée doctrinale.

Loin de vouloir s’arrêter à une pure description d’un événement riche en couleurs, Saint Marc veut communiquer à ses lecteurs la compréhension qu’il a de son Seigneur et les inviter à s’engager dans une attitude de reconnaissance et d’espérance à l’égard de celui qui agit avec l’autorité de Dieu.

161 Une révélation du mystère du Christ

1611 La puissance cognitive de Jésus

Marc nous présente Jésus qui connaît les pensées intimes des hommes. Les scribes qui sont scandalisés par les propos de Jésus n’ont pas besoin d’exprimer à haute voix leurs pensées. Jésus pénètre les pensées de leurs cœurs et les met à découvert.

Marc se plaît à souligner à plusieurs reprises cette compréhension pénétrante de Jésus aussi bien quand il s’agit de personnes qui attendent de lui un signe : la femme hémoroïsse (5,30) ou de ses disciples (8,16).

L’Évangéliste Jean ne fera que porter à son terme cette perception du mystère de Jésus quand il dit : “il savait ce qu’il y avait dans le cœur de l’homme” (Jn 2,25).

1612 La puissance curative de Jésus

A travers cette scène, nous découvrons Jésus proche de la souffrance des hommes. Il sait reconnaître leur attente car il est venu prendre sur lui toute maladie et toute langueur. Il apporte aux hommes la bonne nouvelle d’un monde restauré.

Sa parole est efficace, elle ne fait qu’annoncer la venue d’un monde nouveau, elle le rend présent.

L’ordre qu’il profère devient réalité. Jésus remet les hommes debout ! Et les réinsère dans le monde de la société. Il donne à chacun la force de parcourir son chemin.

1613 La puissance pardonnante de Jésus :

L’être humain est UN, parfaitement unifié. La guérison corporelle donnée par Jésus n’est que le signe d’une guérison plus profonde. Jésus est venu chercher et sauver ce qui était perdu. La vraie maladie de l’homme est son péché.

Le salut que Jésus apporte libère l’homme de l’autodestruction du mal dans laquelle son péché l’entraîne.

Grâce à lui, les chaînes tombent, l’homme peut se tenir debout car Jésus lui apporte le pardon de ses fautes et le restaure dans la communion plénière avec Dieu.

1614 L’autorité du Fils de l’Homme

Ce titre présent environ 80 fois dans les évangiles n’existe que très rarement dans les autres écrits. Il paraît vraisemblable d’y voir une formule archaïque venant de Jésus lui-même[5].

C’est la 1ère mention de ce titre attribué à Jésus dans Marc. Par la suite, il parlera dans plusieurs logia du Fils de l’Homme et essentiellement dans des logia de Jésus. La plupart d’entre eux évoquent la passion : le Fils de l’Homme, c’est celui qui va souffrir et mourir (8,31 ; 9,12 ; 9,31 ; 10,33) car il donne sa vie en rançon pour la multitude (Mc 10,45) après avoir été arrêté et maltraité (Mc 14,41).

Le récit actuel évoque davantage la dimension transcendante du Fils de l’Homme dans la perspective de Dn 7 reprise en Mc 13,26 et 14,62.

S’il peut avoir l’audace de dire “tes péchés sont pardonnés” c’est parce qu’il participe au pouvoir qui est celui là-même de Dieu.

La thèse théologique qu’exprimaient avec justesse les scribes trouve son application dans la déclaration prophétique du v 10. La guérison qu’il opère en est le signe.

Cette confirmation par les faits dévoile quelque chose du mystère de sa personne. Il y a une puissance en lui qui dépasse celle du prophète et du thaumaturge : IL PARTICIPE À LA PUISSANCE MÊME DE DIEU.

162 Répercussions pour les destinataires : un appel à la foi

La seconde caractéristique de la théologie du miracle et donc de la guérison dans ce texte de Marc est son insistance sur le motif de la foi, dans son lien avec le miracle. Jésus est celui qui SAUVE et qui GUÉRIT et la foi va être le moyen de s’approprier ce salut (v 5) :

– Elle est RECONNAISSANCE de la puissance qui agit en Jésus et elle est OUVERTURE à cette force de renouvellement.

– La foi implique la PERSÉVÉRANCE.

Il est essentiel pour le croyant d’avoir accès à Jésus ; aussi ne se laisse-t-il pas arrêter par les obstacles qui se dressent sur sa route.

– On peut dire que la foi est INVENTIVE.

Le croyant sait écarter tout ce qui s’oppose à la rencontre avec Jésus.

– La foi est COMMUNAUTAIRE et ECCLÉSIALE : le paralytique est porté par la foi des siens.

– La foi est RAYONNANTE.

Comme la foule de l’Évangile, le croyant sait s’émerveiller de l’action du Christ car il reconnaît le caractère unique de sa mission.

Conclusion :

Ce passage de Mc 2,1-12 montre qu’un grand tournant s’est produit dans l’histoire des relations entre Israël et son Dieu. Avec la venue de Jésus dans l’histoire des hommes, une situation nouvelle a été inaugurée, situation qui rend possible, dès maintenant, et non plus à la fin des temps, le pardon des péchés.

Aujourd’hui, l’Église bénéficie de cet état des choses et en tire une pratique liée à celle du baptême.

2 LES GUÉRISONS D’AVEUGLES : L’AVEUGLE DE JÉRICHO

21 Le récit de Marc 10,46-52

211 Le contexte

La guérison de l’aveugle de Jéricho est le dernier des miracles de Jésus rapporté par l’évangile de Marc, si l’on ne tient pas compte de la parabole du figuier desséché (Mc 11,12-14). Il se situe à un endroit clef de la narration : il clôture le ministère de Jésus en Galilée et dans les environs (Mc 1-10) et précède immédiatement l’entrée de Jésus à Jérusalem, Jéricho se trouvant bien sur la route menant à la capitale de la Judée. Matthieu et, avec quelques nuances, Luc, s’accordent avec Marc sur ces points.

Il est encore possible de préciser quelques points. La section des pains, commencée en Marc 6,30 s’est achevée en 8,30 avec la confession de foi de Pierre à Césarée de Philippe, cet épisode faisant charnière avec la section suivante. Dans celle-ci (Mc 8,31-10,52), la marche des événements est scandée par les trois annonces de la Passion (Mc 8,31-32 ; 9,31 ; 10,33-34). Entre ces annonces, il y a place pour une série d’enseignements de Jésus dont deux prennent de l’ampleur en raison de leur répétition.

Le premier concerne l’invitation à « suivre » Jésus et les conditions à remplir pour cette vocation. Le verbe suivre se retrouve 7 fois dans cette section de 110 versets (contre 11 dans les 568 autres versets).

34Puis il fit venir la foule avec ses disciples et il leur dit : « Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive. (Mc 8,342)

38Jean lui dit : « Maître, nous avons vu quelqu’un qui chassait les démons en ton nom et nous avons cherché à l’en empêcher parce qu’il ne nous suivait pas. » (9,38)

21Jésus le regarda et se prit à l’aimer ; il lui dit : « Une seule chose te manque ; va, ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens, suis-moi. » (10,21)

28Pierre lui dit : nous avons tout laissé pour te suivre. (10,28)

32… Ceux qui le suivaient avaient peur. (10,32)

On retrouve le verbe une dernière fois en 10,52 pour dire que Bartimée « suivait Jésus sur le chemin.

Le second concerne la fonction propre du Fils de l’Homme et de ses disciples qui est de « servir ». Les mots servir et serviteur se retrouvent 4 fois dans cette section (3 fois pour le reste de l’Evangile) :

35Jésus s’assit et il appela les Douze ; il leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » (9,35)… cf 10,43.

45Car le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude.  (10,45)

A l’exception de la péricope sur le divorce (10,1-12), les autres récits s’articulent autour de ces trois thèmes fondamentaux : annonce de la Passion, appels à suivre Jésus et devenir serviteurs.

C’est tout cet ensemble qui s’achève, comme par une conclusion, par la guérison de cet aveugle. Ce récit va donc s’efforcer de ramasser, en très bref, les éléments catéchétiques exploités dans cette section afin de servir de résumé cadre pour la prédication.

212 Le lien avec la guérison de l’aveugle de Bethsaïde (Mc 8,22-26)

Ce récit de guérison d’aveugle ressemble, à une première lecture, à un récit de miracle classique. Cependant, il occupe une place stratégique qui oriente vers la dimension symbolique du langage. Ce récit a également un parallèle avec celui de la guérison du sourd-muet en Mc 7,31-37. En effet, le voir et l’entendre sont au cœur de l’interpellation que Jésus adresse à ses disciples en 8,18. Mais ce récit est aussi, en aval, à mettre en parallèle avec le récit de la guérison de Bartimée.

Mc 7,31-37 Mc 8,22-26 Mc 10,46-52
31Jésus quitta le territoire de Tyr et revint par Sidon…

32On lui amène un sourd…

 

 

 

on le supplie de lui imposer la main.

 

33Le prenant loin de la foule,

à l’écart,

 

Jésus lui mit les doigts dans les oreilles, cracha et lui toucha la langue… Et il lui dit : « Ephphata »

 

35Aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia, et il parlait correctement.

22Ils arrivent à Bethsaïda ;

 

on lui amène un aveugle

 

 

 

et on le supplie de le toucher.

 

 

23Prenant l’aveugle par la main,

il le conduisit hors du village.

 

Il mit de la salive sur ses yeux, lui imposa les mains…

 

 

il était guéri…

 

 

26Jésus le renvoya chez lui…

46Ils arrivent à Jéricho.

 

…l’aveugle Bartimée, fils de Timée, était assis au bord du chemin en train de mendier.

 

48Beaucoup le rabrouaient pour qu’il se taise…

 

50Rejetant son manteau, il se leva d’un bond et il vint vers Jésus.

 

51S’adressant à lui, Jésus dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

 

Aussitôt il retrouva la vue

 

 

et il suivait Jésus sur le chemin.

 

Comment interpréter ces différents parallélismes ?

La première guérison de l’aveugle de Bethsaïde annonce et précède la confession de foi de Pierre à Césarée de Philippe. Comment l’apôtre aveugle jusque là peut-il « voir » le Christ (et quel Christ) alors que tous ne voient que Jean-Baptiste, Elie ou un prophète ? C’est aussitôt après cette guérison que Pierre, qui jusqu’à présent avait été complètement aveugle sur l’identité de Jésus, va être partiellement guéri dans sa vision intérieure. La guérison de cet aveugle annonce la guérison de Pierre. Pierre, à Césarée de Philippe, fait une percée partielle vers la vérité : il voit que Jésus est le Messie (8,29), même si sa conception du Messie n’est pas encore tout à fait juste. Pierre reste encore aveugle : il ne peut supporter l’idée d’un Messie souffrant.

La seconde guérison annonce et précède la journée des Rameaux. Comment la foule qui acclame si fort son roi serait-elle incapable de « voir » en Jésus la victime vaincue qui marche au supplice ?

Il y a là, à la manière du signe de Jean 9, une réflexion sur la cécité spirituelle et ce que signifie voir en vérité.

De même, même après la troisième annonce de la Passion, Jacques et Jean sont si aveugles qu’ils se mettent à demander des sièges d’honneur dans le Royaume (10,35-45). C’est à ce moment que se situe la guérison de Bartimée.

En correspondance avec la guérison de l’aveugle de Bethsaïde, la guérison de Bartimée annonce la seconde étape de la guérison de la vision intérieure des disciples. Jésus avait guérit l’aveugle de Bethsaïde en deux temps, au terme d’un long processus. Bartimée est guéri immédiatement et plus important encore, il suit Jésus sur le chemin, c’est-à-dire sur le chemin de la Croix, le chemin de tout vrai disciple.

213 Analyse du texte

46Ils arrivent à Jéricho. Comme Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une assez grande foule, l’aveugle Bartimée, fils de Timée, était assis au bord du chemin en train de mendier. (10,46)

L’entrée en matière de cette dernière péricope de la section est la même que pour la dernière péricope de la section précédente où il s’agit également de la guérison d’un aveugle :

22Ils arrivent à Bethsaïde… (8,22)

En plus de ses disciples, Jésus est accompagné d’une foule considérable dont on sent qu’elle s’apprête à intervenir quand Jésus entrera à Jérusalem, pour l’acclamation messianique (11,9).

Le nom de l’aveugle nous est donné par Marc seul. Il s’agit du « fils de Timée, Bartimée ». Peut-être cet homme, devenu Chrétien, a-t-il connu une certaine notoriété dans l’Eglise de Rome pour laquelle Marc écrivait son Evangile ? En fait, jamais, le narrateur n’a précisé l’identité d’un de ceux qui a été guéri par Jésus. Il souligne ainsi le caractère très personnel de cette rencontre, qui de plus, est la dernière guérison : quelque chose d’essentiel va s’y passer.

La rencontre avec Bartimée se situe à la sortie de Jéricho, c’est-à-dire au départ de la route qui monte à Jérusalem.

On peut enfin relever l’inclusion formée par le renversement de situation, entre les versets 46 et 52 : au début, il y a un aveugle, assis, au bord du chemin et à la fin, il y a un homme qui voit et qui suit Jésus, sur le chemin.

47Apprenant que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! »

Cet homme, aux marges, hors jeu, dépendant, est habité par un désir de vivre qui traverse tous les obstacles et explose en un cri : Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! 

Cet homme n’avait rien vu de tout ce que Jésus avait opéré depuis le début de sa vie publique. Il avait seulement entendu parlé de lui. Et cependant, « il fait retentir à pleins poumons toute la vérité dont est capable le peuple d’Israël vis-à-vis de Jésus »[6].

Il reprend les mots du psalmiste (Ps 25,16) qui supplie le Seigneur d’avoir pitié de lui, de le tirer de la détresse, mais il adresse ces mots à Jésus en l’appelant « Fils de David »

Jusque là, seuls les démons se sont adressés à lui au vocatif, mais Jésus les faisait taire :

11Les esprits impurs, quand ils le voyaient, se jetaient à ses pieds et criaient : « Tu es le Fils de Dieu. » (3,11) cf. Mc 5,7 et 11,9.

Cet aveugle, lui, au contraire vise juste et le ton est celui de la foi : Fils de David (v. 48). C’est le titre messianique sans doute le plus populaire. Ce sont surtout les pauvres et les miséreux qui l’appliquent à Jésus. Ce titre va trouver des échos dans ce qui suit :

9Ceux qui marchaient devant et ceux qui suivaient criaient : « Hosanna ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! 10Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ! (Mc 11,9-10)

35Prenant la parole, Jésus enseignait dans le temple. Il disait : « Comment les scribes peuvent-ils dire que le Messie est fils de David ? (Mc 12,35)

C’est sa manière à lui de reconnaître, après Pierre, que Jésus est le Christ, le Messie.

48Beaucoup le rabrouaient pour qu’il se taise, mais lui criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! » (10,48)

La foule cherche à faire taire les cris du pauvre. A ses yeux, le Fils de David n’est pas venu pour s’occuper des aveugles indigents !!! Mais lui, dépendant et passif, lui dont l’existence était liée à la charité des passantes, crie désormais et personne, pas même l’hostilité des autres ne le fera taire. Rien ne peut l’arrêter, pas même ceux qui le rabrouent ; il franchit l’obstacle, il crie de plus belle.

49Jésus s’arrêta et dit : « Appelez-le. » On appelle l’aveugle, on lui dit : « Confiance, lève-toi, il t’appelle. » 50Rejetant son manteau, il se leva d’un bond et il vint vers Jésus. (10,49-50)

Les détails de cette scène sont propres à Marc qui les rapportent avec sa vivacité habituelle. Tout d’abord, Jésus va répondre à ce cri. Il ne se dirige pas vers lui et ne demande pas non plus qu’on l’amène. Non simplement, il s’arrête ! C’est la seule et unique fois où Jésus s’arrête dans le récit et c’est extrêmement significatif. Cette scène est comme un arrêt sur image : servir, donner sa vie, c’est ici et maintenant, s’arrêter parce qu’un pauvre, un exclu crie vers lui dans la vérité de ce qu’il est. Tout le sens de la montée à Jérusalem et de la passion est déjà là comme en noyau : sauver de la misère celui qui se livre à lui dans la foi.

Jésus n’appelle pas l’aveugle lui-même, il ne lui adresse pas directement la parole, il passe par la foule : « appelez-le ».

Parmi la foule, qui était obstacle jusqu’à présent, certains se font ses intermédiaires pour communiquer à cet homme un élan de confiance en l’invitant à se mettre en mouvement : « Confiance, lève-toi, il t’appelle ».

Ces mots supposent que ceux qui les prononcent soient eux-mêmes habités par ce qu’ils disent : on ne peut pas dire à quelqu’un confiance si on n’y croit pas soi-même un peu ! L’entourage de Jésus a donc été transformé ! Le message passe et l’effet est saisissant !

Bartimée laisse alors tomber son manteau. Le rejet du manteau par l’aveugle peut surprendre. Pour s’approcher de Jésus, il serait en effet plus normal que l’aveugle se drape dans son manteau. Mais ici, il s’agit en arrière-plan, d’une sorte de récit de vocation et l’aveugle qui dans un instant va suivre Jésus se doit de traduire en acte les enseignements de Jésus sur le dépouillement des richesses rassemblés dans cette section (surtout en 9,13-31). D’une certaine manière, il abandonne ses défenses, ses protections, la carapace dans laquelle il se protégeait des autres. Il se met à nu, expose encore plus sa faiblesse, ses difficultés. Il se lève et se dirige seul vers Jésus, en aveugle !

51S’adressant à lui, Jésus dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui répondit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » (10,51)

Jésus lui demande alors d’exprimer ce qu’il souhaite, comme si cela n’était pas évident. Apparente inutilité de la parole de Jésus !!! Pour retrouver toute sa dignité, Bartimée va devoir passer du cri à la parole. Retrouver sa dignité, pour Bartimée, c’est dire clairement ce qu’il souhaite. C’est devenir cet être de parole qui exprime librement et sans détour, ce qui le fait souffrir et dont il veut être libéré.

Bartimée s’adresse à Jésus en l’appelant Rabbouni, cette forme emphatique de « Rabbi » qui donne une touche d’intimité à la scène. Il se joue quelque chose qui, pour l’aveugle, relève d’une rencontre qui touche au plus profond de son existence. D’un mot, Bartimée lui dit tout à la fois son désir et sa souffrance et cet acte de parole le délivre. Jésus ne peut que confirmer ce qui est déjà advenu :

52Jésus dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt il retrouva la vue et il suivait Jésus sur le chemin. (10,52)

La conclusion du récit atteste de la guérison. Mais celle-ci est ambiguë. Pour les témoins de la scène, elle est d’abord physique. Bartimée voit désormais. Mais pour lui, elle est signe de salut. Alors l’ancien malade ne se retrouve plus dans sa situation antérieure : parce que Jésus l’a invité à occuper un statut d’homme debout et parlant, sa guérison ne le renvoie pas à ses occupations habituelles. « Sauvé » par sa foi en la parole thérapeutique de Jésus, il le suit. Cette suivance n’était pas une obligation. Jésus, en effet, lui avait simplement dit : « va » !

Vérité de la relation établie par étapes en dépit des obstacles, rencontre de deux désirs : la foi sauve.

Elle permet à Jésus de rejoindre en chacun son désir de vivre.

Jésus a laissé Bartimée à sa liberté, mais spontanément, celui-ci le suit sur le chemin : ultime disciple ou le premier peut-être qui l’accompagne de l’intérieur dans sa montée à Jérusalem.

214 Synthèse

Jésus est donc en route vers Jérusalem où il va devoir affronter la mort qu’il vient d’annoncer. Il n’est donc pas le Messie « Fils de David » politique, mais il est le Messie « Fils de l’Homme » venu non pas pour dominer mais pour servir. Telle est d’ailleurs la dernière parole prononcée par Jésus avant l’épisode de Jéricho :

45Car le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mc 10,45)

Le Chrétien doit donc savoir que sa vocation est de suivre Jésus, de se mettre dans une attitude de service et de risquer sa vie pour son Seigneur.

De cette vérité, seul l’aveugle-mendiant est conscient, à l’opposé de la foule qui ne voit encore en Jésus montant à Jérusalem que le libérateur politique du pays d’Israël. Cette Bonne Nouvelle est ainsi acceptée par les pauvres, par ceux qui sont apparemment aveuglés, bien plus que par les foules.

L’acceptation de la personne et de la fonction de Jésus ainsi comprises résume la foi qui provoque l’ouverture des yeux. Elle est l’octroi du salut.

Cette acceptation s’accompagne du rejet des richesses terrestres (ce manteau dans lequel l’aveugle récoltait les aumônes) et constitue alors le croyant en un vrai disciple, marchant à la suite de Jésus vers la Jérusalem de la Croix et de la Vie.

Dans la trame narrative de l’évangile de Marc, ce miracle de guérison d’aveugle avec celui de 8,22-26 qui lui fait écho encadrent les trois annonces de la Passion. Marc souligne de cette manière que la Parole de Jésus est aussi là pour ouvrir les yeux (et les oreilles, cf. Mc 7,31-37) des lecteurs aveugles et sourds que nous sommes.

215 L’historicité de ce récit

Bien évidemment ce récit tel qu’il nous est rapporté par Marc ne correspond pas à l’enregistrement vidéo d’un événement de l’an 30 de notre ère. Mais en même temps, beaucoup d’éléments du récit font penser à une tradition primitive.

Il est tout d’abord inhabituel de nommer le bénéficiaire direct d’un miracle, à part les Douze. Bartimée est le seul exemple de la tradition synoptique. Or, cela ne peut être un simple ajout légendaire.

De plus le substrat araméen et le milieu palestinien remontent à plusieurs reprises à la surface du récit. Marc précise ce que signifie le nom « Bartimée ». Ce dernier s’adresse ensuite à Jésus en l’appelant « Rabbouni », terme araméen pour dire « mon maître ».

Ensuite, il est logique que Bartimée soit en train de mendier à la sortie de la ville, sur la route de Jérusalem. Jéricho était la dernière étape des pèlerins qui montaient à Jérusalem pour la Pâques. Il est ainsi bien placé pour demander l’aumône aux pèlerins, au moment où ils entament leur montée vers Jérusalem. De plus, les jours précédents la Pâque étant bien indiqués pour donner des aumônes aux pauvres.

Enfin, en s’adressant à Jésus comme Fils de David, Bartimée, reconnaît en lui un guérisseur miraculeux et sans doute pas d’abord le Messie.

Nous avons ainsi un nombre impressionnant d’éléments en faveur de l’historicité du miracle : le bénéficiaire est nommé, le lieu est précis (le chemin qui sort de Jéricho en direction de Jérusalem), le moment de l’année est également précis (la montée vers Jérusalem des pèlerins), la présence de deux expressions araméennes (bar Tim’ai et Rabbouni) et surtout une conception archaïque de Jésus thaumaturge vu comme Fils de David.

Il semble donc bien que l’on soit là en face d’un souvenir historique, habilement traité par Marc afin de servir comme tableau synthèse de l’ensemble de son ultime section précédent le ministère de Jésus à Jérusalem.

22 Le récit de Luc 18,35-43

35Or, comme il approchait de Jéricho, un aveugle était assis au bord du chemin, en train de mendier. 36Ayant entendu passer une foule, il demanda ce que c’était. 37On lui annonça : « C’est Jésus le Nazôréen qui passe. » 38Il s’écria : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » 39Ceux qui marchaient en tête le rabrouaient pour qu’il se taise ; mais lui criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! » 40Jésus s’arrêta et commanda qu’on le lui amène. Quand il se fut approché, il l’interrogea : 41« Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Il répondit : « Seigneur, que je retrouve la vue ! » 42Jésus lui dit : « Retrouve la vue. Ta foi t’a sauvé. » 43A l’instant même il retrouva la vue et il suivait Jésus en rendant gloire à Dieu. Tout le peuple voyant cela fit monter à Dieu sa louange.

Ce récit lucanien n’a pas la même importance que le récit marcien. Toute une série d’indices littéraires en fournissent la preuve.

Tout d’abord, Luc situe la scène à l’entrée de Jéricho et non plus à la sortie : « comme il approchait de Jéricho« . Du même coup, l’épisode perd son lien avec la montée vers la Passion à laquelle il ne sert plus d’introduction. Ce rôle sera réservé à l’entretien avec Zachée et à la parabole des mines, ainsi que Luc s’en explique (Lc 19,11). L’enseignement de Marc sur la vie chrétienne comme montée vers la Croix à la suite de Jésus disparaît du même coup.

Le thème de l’abandon des richesses, signifié par le rejet du manteau, a disparu lui aussi. Le récit perd en vivacité, mais aussi en contenu doctrinal.

Enfin, la conclusion du récit est typique du récit de miracle : tout le peuple donne louange à Dieu.

De cette lecture et de ces remarques, il ressort que Luc a utilisé le récit de Marc, mais en évitant de le monter en épingle ! Il n’a gardé que la signification généralement attachée à la guérison d’un aveugle, obtenue ici grâce à la miséricorde de Jésus en qui la foi a tout de même reconnu le Messie.

23 Le récit de Matthieu 20,29-34

29Comme ils sortaient de Jéricho, une grande foule le suivit. 30Et voici que deux aveugles, assis au bord du chemin, apprenant que c’était Jésus qui passait, se mirent à crier : « Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous ! »  31La foule les rabrouait pour qu’ils se taisent. Mais ils crièrent encore plus fort :

« Seigneur, Fils de David, aie pitié de nous ! » 32Jésus s’arrêta, les appela et leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » 33Ils lui disent : « Seigneur, que nos yeux s’ouvrent ! » 34Pris de pitié, Jésus leur toucha les yeux. Aussitôt ils retrouvèrent la vue. Et ils le suivirent.

Le récit parallèle de Matthieu pose des problèmes particuliers. Il se situe dans le même contexte que Marc et doit donc, ici aussi, être mis en relation avec la parole qui précède « le Fils de l’Homme venu pour servir et donner sa vie » (Mt 20,28) et l’entrée à Jérusalem qui le suit.

Outre donc le sens symbolique traditionnel de la guérison de la cécité, l’intérêt sur la personne et la fonction du Messie est souligné : il est venu pour servir et concrètement pour servir un aveugle, en attendant d’offrir sa vie à Jérusalem et d’être, par la Croix, investi de la royauté sur le Royaume. En plus de cet enseignement commun à Matthieu et Marc, Matthieu ajoute des touches propres.

Tout d’abord, il double le nombre des aveugles : 30Et voici que deux aveugles, assis au bord du chemin… (20,30)

Le fait de camper deux aveugles anonymes au lieu du seul Bartimée donne à la scène l’allure d’un témoignage rendu en bonne et due forme à Jésus-Christ Messie. En effet, Dt 19,15 exigeait la parole de deux témoins pour entendre une cause et il ne semble pas que ce précepte soit restreint au droit pénal :

15Un témoin ne se présentera pas seul contre un homme qui aura commis un crime, un péché ou une faute quels qu’ils soient ; c’est sur les déclarations de deux ou de trois témoins qu’on pourra instruire l’affaire. (Dt 19,15)

Conformément à une habitude déjà notée, Matthieu accentue le caractère liturgique de l’acclamation des aveugles en ajoutant le mot « Seigneur » (vv. 30 et 31). C’est déjà la foi pascale qui affleure.

Il est seul également à parler d’un attouchement des yeux par Jésus (v. 34). Il décrit ainsi le Fils de David servant les hommes de ses propres mains.

Enfin, la compassion du v. 34 n’est pas à comprendre comme une simple émotion intérieure. Cette précision a aussi une résonnance messianique.

On trouve un doublet de cet épisode en Mt 9,27-31. Si les détails sont très proches, l’intention semble différente. Il ne s’agissait pas encore, à ce stade de l’Evangile, de développer la théologie du Messie souffrant et au service des hommes, mais de donner une leçon sur la foi.

Il n’est d’ailleurs pas exclu que Marc ait utilisé le même procédé. La guérison de l’aveugle de Bethsaïde pourrait bien n’être qu’un décalque de celle de Jéricho (Marc 8,22-26 sans parallèle). Le dessillement progressif des yeux de cet homme serait alors un commentaire de la parole prononcée par Jésus, juste avant cet épisode, sur les apôtres qui « ont des yeux pour ne point voir » (Mc 8,18).

Nous nous trouverions ainsi devant un cas analogue à celui de la multiplication des pains : ce miracle a été rapporté deux fois parce qu’il a été jugé apte à porter deux enseignements complémentaires.

CONCLUSION

Ce récit est le dernier miracle de guérison de l’Evangile de Marc. Il rassemble et synthétise l’enseignement de Marc sur les miracles qui comprend une triple dimension :

1- La dimension christologique :

Jésus est celui en qui le Règne de Dieu s’est approché. Les miracles en sont les signes. Ceux-ci sont toujours ambigus, demandent à être interprétés et appellent les hommes à une décision. Ils disent quelque chose de l’identité de Jésus.

2- La dimension anthropologique :

Les récits de miracles manifestent l’irruption de la grâce de Dieu qui brise tous les déterminismes. Ils permettent à l’homme de franchir les limites que lui impose son histoire

3- La dimension symbolique :

Ainsi, ce récit de guérison de Bartimée avec celui de Mc 8,22-26 qui lui fait écho encadrent les trois annonces de la Passion. Marc souligne par-là que la Parole de Jésus est aussi là pour ouvrir les yeux et les oreilles (Mc 7,31-37) des lecteurs aveugles (et sourds) que nous sommes.

Les différents critères d’historicité donnent à penser que le Jésus historique a accompli au cours de son ministère public un certain nombre d’actions que ses contemporains et lui-même ont considéré comme des guérisons miraculeuses de malades ou d’infirmes. Les types les plus importants de ces guérisons concernaient des personnes paralysées ou atteintes de cécité ou lépreuses ou encore sourdes et muettes.

Ces récits, même fortement retravaillés et développés par la théologie chrétienne ont de grandes chances de remonter à un événement de la vie de Jésus historique.

Les détails de ces affections, concernant leur origine, leur nature exacte, leur durée et bien sûr, la permanence de la guérison, nous sont cependant désormais perdus.

[1] B. STANDAERT, L’évangile selon Marc, 49.

[2] S. LEGASSE, L’évangile de Marc, Tome 1, 169.

[3] P. LAMARCHE, Évangile de Marc, 93.

[4] E. TROCMÉ, L’évangile selon Saint Marc, 64.

[5] P. LAMARCHE, op. cit. 94.

[6] Etienne GRIEU, Nés de Dieu, CF 231, Paris, Cerf, 2003, 145.

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